Suppressions de postes : sans données sur l’équité, on ne peut que reculer

Lettre d’opinion de la présidente nationale de l’AFPC, Sharon DeSousa. 

Une personne noire m’a dit récemment que le Mois de l’histoire des Noirs semble souvent « trop court pour tout ce que nous portons et donnons ». Ses paroles résonnent en moi, d’autant plus que j’entends des échos similaires partout au pays. 

Le Mois de l’histoire des Noirs se termine, mais les contributions des fonctionnaires noirs ne peuvent pas être réduites à une seule page du calendrier. Ces personnes s’expriment avec force et créativité, mentorent leurs collègues, font avancer l’inclusion et brisent les barrières professionnelles. Leurs efforts et appels à l’équité méritent d’être reconnus toute l’année. 

Quand je rencontre des membres aux quatre coins du pays, j’entends à la fois leur fierté et leur souffrance. Leur fierté face aux progrès rendus possibles par la syndicalisation, la solidarité et la création d’espaces pour célébrer l’excellence des communautés noires. Mais aussi leur frustration et leur fatigue lorsqu’ils font face au racisme anti-noir dans les pratiques d’embauche, de rémunération et d’avancement. On m’a déjà dit que chaque réussite est chèrement acquise, comme s’il fallait « courir deux fois plus pour avancer de moitié ».  

Ces barrières sont bien réelles. Devant les désavantages persistants et le racisme subis par les fonctionnaires fédéraux noirs, l’AFPC a déposé en leur nom une plainte auprès de la Commission canadienne des droits de la personne, qui l’a confiée au Tribunal canadien des droits de la personne. 

L’austérité menace les progrès réalisés, tels que la création d’un nouveau programme de soutien en santé mentale pour les fonctionnaires fédéraux noirs et la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires. Les ministères reconnus pour favoriser la diversité à l’embauche, notamment Emploi et Développement social Canada, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Services aux Autochtones Canada et Santé Canada, sont parmi les plus durement touchés. 

Les coupes actuelles sont comparables à celles des années 1990 et des années 2012 à 2014, quand on a anéanti les gains durement acquis et affaibli des programmes d’égalité qui ont exigé des années de reconstruction. Le Centre canadien de politiques alternatives estime qu’une réduction de 15 % des budgets ministériels sur trois ans pourrait entraîner la perte de milliers d’emplois, les femmes représentant 60 % des mises à pied et les personnes racisées, 26 %. 

Le premier ministre a reconnu que la discrimination existe toujours dans les milieux de travail sous réglementation fédérale. Pourtant, Ottawa refuse de rendre publiques les données sur l’équité, qui révéleraient les groupes les plus touchés par les abolitions de postes. Sans transparence, on ne peut savoir si les décisions budgétaires sont équitables ou non.  

Comme l’a rappelé la professeure de droit Adelle Blackett devant le Comité sénatorial permanent des droits de la personne, « rien dans la loi n’empêche le gouvernement d’approfondir la consultation et de promouvoir davantage l’équité ». Le flou actuel est donc politique, et non juridique.  

Le fédéral dispose déjà d’un plan clair pour instaurer des changements. Son Groupe de travail sur l’examen de la Loi sur l’équité en matière d’emploi, dont les travaux sont terminés depuis plus d’un an, recommandait de reconnaître les personnes noires comme un groupe distinct visé par l’équité, et de recueillir des données désagrégées, de consulter directement les groupes visés par l’équité et d’appliquer une approche intersectionnelle aux décisions politiques. Or, ces recommandations dorment toujours sur les tablettes.  

En n’y donnant pas suite, on détourne la Loi de sa mission première : reconnaître et corriger la discrimination systémique. Quand les outils existent mais demeurent inutilisés, l’« équité » cesse d’être un engagement et devient un simple slogan. 

Nous ne pouvons pas célébrer la joie de nos membres si leurs moyens de subsistance disparaissent en silence. 

Cette année, le Mois de l’histoire des Noirs mesure la capacité du gouvernement à passer de la parole aux actes. On ne peut pas valoriser les travailleuses et travailleurs noirs, ni promettre des abolitions de postes équitables, ni reconnaître l’existence de discrimination au fédéral si l’on cache les données et ignore les recommandations pour faire avancer la cause. 

Le gouvernement doit annuler ces coupes irréfléchies, être transparent quant aux groupes affectés et consulter les travailleuses et travailleurs pour trouver de véritables façons d’économiser sans sacrifier d’emplois ni d’acquis durement gagnés en matière d’équité. 

Sujets: 

28 Février 2026