Grief de harcèlement sexuel : la survivante est pleinement dédommagée

Seul soutien de famille, Marilyn Doro travaille depuis plus de 30 ans à l’Agence du revenu du Canada (ARC). Sa descente aux enfers a commencé en 2010 avec l’entrée en fonction d’un nouveau superviseur. Il ne se passait pas une seule journée sans que l’homme la harcèle : avances verbales, textos et courriels, attouchements, remarques suggérant qu’il surveillait sa résidence.   

Mme Doro, membre de l’AFPC, a porté l’affaire à l’attention de la direction de l’ARC. Au lieu de prendre les mesures qui s’imposaient, l’employeur l’a installée dans un poste de travail à deux pas de l’ancien. Son harceleur a donc pu continuer à la déshabiller du regard, ce qui a fait grimper en flèche le stress et la peur de l’employée. Pis encore, l’employeur n’a pas sévi contre le superviseur; il s’est borné à suggérer à Mme Doro d’aller travailler ailleurs. L’employée n’a pas eu d’autre choix que de déposer un grief pour manquement à l’obligation de fournir un lieu de travail exempt de harcèlement.

L’employeur a chargé un enquêteur indépendant de faire la lumière sur l’affaire. Il a fallu attendre deux ans avant la publication du rapport, qui recense 13 actes de harcèlement sexuel.

L’ARC vertement critiquée pour son inaction

La Commission des relations de travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral a jugé que l’employeur avait fait preuve d’un manque déplorable d’efficacité et de sensibilité. Selon elle, « […] l’ARC considérait le souhait de Mme Doro d’avoir un lieu de travail sécuritaire comme un fardeau qu’elle devait régler elle-même […] ». La Commission a aussi jugé que l’inaction de l’employeur « a causé un préjudice réel et permanent à Mme Doro. »

C’est pour ces raisons que la Commission a ordonné à l’ARC de verser à Mme Doro le plein montant de dommages permis par la Loi canadienne sur les droits de la personne, c’est-à-dire 20 000 $ pour la douleur et les souffrances qu’elle a subies et 20 000 $ pour la gestion irresponsable du dossier. L’ARC doit aussi rembourser à Mme Doro les dépenses pour le traitement de la dépression et de l’anxiété causées par le harcèlement, évaluées à 22 955 $.

Selon la Commission : « À l’échelle organisationnelle, l’ARC doit être mieux préparée à agir rapidement et à permettre la séparation physique réelle de façon à ce qu’une personne qui soutient avoir été harcelée sexuellement ne doive pas demeurer dans le même immeuble ou lieu physique que son harceleur s’il y a des éléments de preuve crédibles qui peuvent justifier, à première vue, l’allégation de harcèlement sexuel. »

La Commission recommande également à l’ARC d’adopter « un programme complet de lutte contre le harcèlement sexuel ».

Dénoncez, dénoncez, dénoncez

Mme Doro est soulagée de pouvoir enfin tourner la page. « J’ai toujours espéré un dénouement positif, c’est-à-dire l’amélioration des mesures de lutte contre le harcèlement en milieu de travail. L’employeur ne semble pas prendre les choses au sérieux. Heureusement que le syndicat se bat pour que ça change. » 

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle conseille aux personnes harcelées au travail, Mme Doro a répondu : « Dénoncez votre agresseur et ne lâchez pas avant que l’employeur prenne les mesures nécessaires. C’est le seul moyen de faire avancer les choses. »

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10 Avril 2019