Élections : la position des partis sur la fonction publique et Phénix

Des 200 000 membres de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, plus de 140 000 travaillent directement pour le gouvernement fédéral et ont l’occasion de voter pour leur prochain employeur le 21 octobre. On peut difficilement surestimer l’influence qu’aura le nouveau gouvernement sur l’avenir de la fonction publique fédérale et sur les services qu’elle rend à la population.

C’est pourquoi il est primordial de voter pour des candidats et candidates qui respectent les fonctionnaires, qui se sont engagés à indemniser les victimes du fiasco Phénix et qui sont prêts à défendre les droits de tous les travailleurs et travailleuses.

Nous avons analysé les programmes des partis et résumé leurs propositions sur quatre thèmes qui touchent de près les membres de l’AFPC : Phénix, la fonction publique fédérale, la sous-traitance et la déclaration de revenus unique au Québec.

Fonction publique

Le NPD, le Parti libéral et le Parti vert ont tous tendu la main aux fonctionnaires fédéraux pour créer une fonction publique plus représentative et plus forte. Pour sa part, le Parti conservateur prévoit sabrer les activités de l’État et la réglementation, ce qui nuirait à la prestation des services et entraînerait d’importantes mises à pied.

Le NPD s’engage à combler l’écart salarial qui désavantage les membres racialisés de la fonction publique et à renforcer les lois sur le travail pour garantir l’équité à l’embauche. Le Parti libéral promet d’accorder des promotions aux Canadiennes et Canadiens racialisés qui ont fait leurs preuves dans la fonction publique. Le Parti vert, lui, veut faire entrer en pleine vigueur les règlements sur l’équité salariale et créer un ombudsman fédéral chargé d’évaluer de manière impartiale les plaintes de harcèlement.

Tous deux ont promis de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure, une mesure qui toucherait plus de 900 000 travailleuses et travailleurs. Les libéraux veulent aussi couper de moitié le délai d’embauche de nouveaux fonctionnaires, le faisant passer de 10 à 5 mois.

Les conservateurs veulent imposer un gel sur l’effectif de fonctionnaires à temps plein et couper 14,4 milliards de dollars du budget opérationnel de l’État. Ils comptent aussi réduire la superficie des bureaux utilisés par le gouvernement fédéral de 30 %.

De son côté, le Bloc Québécois compte proposer un projet de loi interdisant d’offrir ou de recevoir des services publics à visage couvert. Le droit de vote ne serait pas épargné. L’AFPC s’oppose à cette idée, qui ne règle aucun problème réel et ne fait qu’attiser les courants racistes, sexistes et anti-immigrants, lesquels se concrétisent trop souvent en incidents fâcheux, au travail comme ailleurs.

Phénix

Le NPD et le Parti vert ont tous deux promis d’indemniser les fonctionnaires fédéraux pour les torts causés par Phénix, et le Parti libéral prévoit éliminer l’arriéré des problèmes de paye à régler. Les conservateurs ne mentionnent nullement Phénix dans leur programme. Pourtant, c’est à eux que l’on doit ce système désastreux.

Les néo-démocrates comptent rapatrier des conseillers en rémunération au sein des ministères, indemniser adéquatement les employés ayant subi les ratés de Phénix et remplacer le système qui bat de l’aile.

Les verts ont annoncé qu’ils collaboreraient avec l’AFPC et avec les autres partis politiques pour indemniser immédiatement les victimes de Phénix. Ils veulent aussi que les fonctionnaires puissent compter sur leur ministère pour redresser les dossiers de paye et leur verser des avances de salaire directement.

Privatisation et travail précaire

Pourtant robuste, la fonction publique du Canada est néanmoins menacée par la privatisation et le travail précaire, qui réduisent la qualité des services et rendent les travailleuses et travailleurs plus vulnérables. C’est pourquoi il importe d’élire un gouvernement qui luttera contre le travail précaire et la sous-traitance.

Le NPD veut faire en sorte que les employés contractuels ou à temps partiel soient traités comme les employés à temps plein. Il compte aussi interdire les stages non rémunérés (exception faite des programmes d’études) et revoir le Code du travail pour interdire l’embauche de briseurs de grève.

Le Parti libéral prévoit certes mettre en place de meilleures protections pour les employés travaillant sur des plateformes numériques, mais il mise plus que jamais sur la Banque de l’infrastructure du Canada, une institution qui encourage les entreprises privées en quête de profits à supplanter la fonction publique. La position de l’AFPC est claire : la privatisation gaspille les deniers publics et réduit la qualité des services.

Les conservateurs proposent de remplacer la Banque de l’infrastructure du Canada par un fonds entièrement géré par le secteur privé, ce qui nuirait aussi à la qualité des services et à la sécurité d’emploi.

Le Parti vert promet de renoncer à l’emploi des lois de retour au travail comme tactique de négociation, d’aider les travailleurs dont l’emploi sera mis en péril par l’intelligence artificielle et l’abandon progressif des combustibles fossiles.

Déclaration unique au Québec

Le Bloc Québécois propose de confier à Revenu Québec la gestion des impôts fédéral et provincial. Le Québec est la seule province où les impôts sur le revenu sont prélevés séparément par Ottawa et par le gouvernement provincial. Les Québécoises et Québécois doivent donc remplir deux déclarations de revenus.

Le NPD et le Parti libéral s’opposent tous deux à la déclaration unique. Le Parti vert ne s’est pas prononcé sur ce dossier.

Le Parti conservateur veut négocier avec Québec l’instauration d’une déclaration unique gérée par la province.

L’AFPC s’oppose à cette proposition pour deux grandes raisons. Premièrement, près de 5 500 employés de l’ARC au Québec – et plusieurs centaines d’autres partout au pays – perdraient leur emploi. Et deuxièmement, il existe d’autres avenues possibles; on pourrait par exemple confier la perception des impôts fédéraux et provinciaux au gouvernement fédéral.

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18 Octobre 2019