Lésions attribuables au travail répétitif

Les LATR, aussi appelées traumatismes cumulatifs, traumatismes répétitifs ou lésions répétitives, réfèrent à un éventail de lésions invalidantes des tissus mous, qui affectent habituellement les membres tels les mains, les poignets, les avant-bras, les épaules, le dos et les jambes. Les diverses expressions qui s'y réfèrent indiquent qu'il s'agit de lésions qui sont associées à la répétition des mouvements et qui peuvent aussi être causées par la force, un mouvement rapide, un effort excessif, des postures inconfortables des membres ou des postures contraignantes maintenues pendant de longues périodes. Ce problème devrait plutôt porter le nom de "syndrome de la surutilisation professionnelle" (SSP) afin de souligner qu'à tout le moins, pour la majorité des gens, il s'agit d'une maladie reliée à l'emploi. Bien que l'on considère habituellement que les LATR n'affectent que les membres supérieurs, il y a de nombreux cas qui résultent d'une utilisation professionnelle abusive qui affecte la colonne cervicale et lombaire ainsi que les jambes et les genoux.

En quoi consistent les LATR

Les LATR comprennent une famille de lésions qui affectent les tendons, les gaines des tendons, les muscles, les nerfs et les articulations des bras, des mains, des épaules, du cou, des régions cervicale et lombaire de la colonne vertébrale et des jambes. Les LATR produisent des douleurs persistantes ou récurrentes aux sites affectés et, en l'absence de traitement, elles peuvent altérer de manière signif~cative le fonctionnement de la partie du corps concernée.

Quelles sont les personnes exposées à ce danger

Dans le passé, les LATR étaient généralement associées à la pratique du sport, ce qui explique l'appellation "coude du joueur de tennis ou de golf". Très souvent, les travailleuses et travailleurs ne faisaient pas de liens entre ces problèmes et leur travail de sorte que les LATR n'étaient pas attribuées à l'emploi bien que certains problèmes de santé tels la "crampe du tisserand", le "poignet de l'embobineur" ou le "genou du poseur de tapis" aient été rapportés. De nos jours, les LATR sont de plus en plus répandues parmi nombre de travailleuses et de travailleurs dont les occupations sont des plus diverses, qu'il s'agisse de commis, d'opérateurs de marteau-piqueur, de dactylographes ou du personnel d'entretien; toutes ces personnes peuvent être les victimes de leur travail. Pour une raison ou une autre, les femmes en sont plus souvent affectées que les hommes. Cette constatation découle en partie du fait que les femmes occupent en plus grand nombre des emplois qui impliquent des mouvements répétitifs des mains, comme dans le cas du traitement de texte, de l'assemblage électronique et dans le secteur manufacturier. De plus, les femmes sont souvent obligées de travailler avec des outils et des gants trop grands pour elles parce que ceux-ci ont été conçus pour le travailleur moyen qui est généralement un homme.

Nombre de travailleuses et travailleurs ignorent toujours l'origine des lésions attribuables aux travail répétitif de sorte qu'elles et ils négligent souvent les douleurs et les maux de tous les jours et qu'aucun lien n'est établi entre la lésion et le milieu de travail. Les douleurs et les maux constituent les signaux d'alarme du corps qui avertissent qu'une maladie sérieuse est peut-être sur le point d'apparaître et que nous devrions être à l'écoute de notre corps. Si les causes ne sont pas éliminées ou si la travailleuse ou le travailleur n'est pas soustrait à la cause, -le dommage peut être permanent et irréversible.

Parmi les personnes membres de 1'AFPC, celles qui courent le plus grand danger d'en être atteints sont les personnes affectées aux tâches suivantes: manutention et inspection des viandes, tri du courrier, saisie de données, traitement de texte, menuiserie, conduite de camion et d'autres tâches qui requièrent l'utilisation des mêmes mouvements répétitifs pendant de longues périodes. Ce type de travail, particulièrement s'il est combiné à des postures contraignantes et malaisées ou s'il requiert l'usage d'une force excessive, exerce une pression indue sur certaines parties du corps qui provoque une lésion de la partie affectée.

Le nombre de LATR augmente et pourtant, à ce jour, il n'existe pas encore de réglementation ou de normes qui les couvre à l'échelle du Canada. Certaines provinces, notamment la ColombieBritannique, ont des lois qui s'appliquent aux questions ergonomiques.

Causes des LATR

De façon générale, les lésions attribuables au travail répétitif sont causées par une combinaison de grande force, de posture contraignante et de répétition import ante ou de postures statiques. Les ergonomes estiment que chacun de ces facteurs pris isolément n'est pas susceptible de constituer un danger de lésion grave. Ces spécialistes estiment que deux facteurs ou plus sont nécessaires pour causer une lésion. Quoiqu'il en soit, même si un seul de ces facteurs existe, on doit considérer l'utilisation de moyens de prévention tels que décrits ci-dessous.

Les LATR sont causées par des mouvements qui font partie d'une méthode de travail:

  1. mouvements répétitifs rapides d'une partie du corps;
  2. mouvements répétitifs requérant de la force d'une partie du corps;
  3. postures corporelles fixes, contraignantes et non supportées que l'on doit maintenir pendant de longues périodes.

Les causes des LATR sont généralement multiples. Une personne qui doit utiliser un tournevis tout en étant obligée de travailler dans une po sture inc onfortab le et contra ignante peut être atteinte de LATR par le recours répété à la force dans une posture qui n'est pas naturelle. I1 se peut qu'une personne qui travaille sur un terminal à-écran de visualisation adopte une posture inconfortable, n'ait pas de support pour les poignets et utilise en même temps des mouvements rapides des doigts sur un clavier mal conçu. Ces personnes peuvent développer une variété de lésions sérieuses en raison de l'effet combiné de tels agressions sur l'appareil locomoteur.

Tout travail qui oblige une personne à adopter une posture contraignante peut engendrer des lésions attribuables au travail répétitif. Les mouvements de torsion avec force d'un tournevis, répétés constamment comme c'est dans le cas du travail sur une chaîne de montage, la flexion des poignets pendant de longues périodes, les mouvements répétitifs des doigts sans périodes de repos, le travail avec les bras au-dessus des épaules, l'obligation de tenir un outil avec force sont toutes des activités qui causent un stress aux tendons, aux ligaments et aux muscles qui se traduit par des douleurs et des lésions.

D'autres facteurs peuvent également contribuer aux lésions attribuables au travail répétitif dont les cadences de travail excessives, le manque de variété dans la tâche, i.e. avoir à refaire la même tâche sans arrêt, un équipement mal entretenu, le stress, trop de travail en temps supplémentaire, les vibrations et une mauvaise formation professionnelle.

Symptômes reliés aux LATR

Les symptômes varient d'une sensation d'inconfort jusqu'à une douleur insupportable dans la partie du corps affectée et qui est souvent très douloureux. Les symptômes les plus fréquents sont les suivants:

  • engourdissement, picotements, sensation de froid ou de chaleur;

  • douleur sourde à sévère;

  • enflure de la partie affectée comme les poignets ou les mains; maladresse, perte de force et d'agilité dans la partie affectée, particulièrement dans les·mains;

  • perte musculaire;

  • perte de sensation particulièrement dans les mains.

Les douleurs et maux sont généralement à leur maximum le soir; en fait, ce seul symptôme constitue une indication de la présence de lésions attribuables au travail répétitif. La douleur qui se manifeste dans un endroit peut irradier dans d'autres parties qui sont reliées; par exemple, la douleur située au niveau du poignet peut s'étendre au coude et à l'épaule. Si une travailleuse ou un travailleur manifeste l'un de ces symptômes, son cas doit être rapporté immédiatement.

Parties du corps ou les LATR peuvent apparaitre

L'appareil locomoteur fournit la force et le support au corps et lui permet de se mouvoir. Les os qui sont réunis par des articulations servent de leviers qui sont actionnés par les muscles. Les muscles sont rattachés aux os par des tendons. Toute activité qui impose un stress trop grand à ce système peut causer une LATR. Les tendons constituent un site privilégié pour ce genre de lésion. I1 s'agit de tissus résistants ay ant peu de termina is ons ne rveu s e s et un apport sanguin minime. On les trouve souvent dans des endroits restreints et ils sont essentiels à tout mouvement du corps. Les divers noms donnés aux lésions attribuables au travail répétitif démontrent bien que les mouvements répétitifs excessifs peuvent affecter différents tendons, articulations ou muscles.

Voici une description des lésions les plus fréquentes.

  1. La tendinite est une inflammation du tendon. Les tendons sont composés de fibres élastiques solides qui relient les muscles aux os et qui sont es sentiels au bon fonctionnement de tou s le s mouvements corporels. Lorsqu'il y a inflammation, ceux-ci sont enflés et douloureux et réduisent dont la mobilité. Dans les fais, l'épaississement du tendon peut bloquer le tendon et empêcher complètement le mouvement. I1 existe plusieurs sortes de tendinites. La tendinite du sous-épineux affecte les tendons qui permettent les mouvements des épaules et la rotation des bras. La péritendinite réfère à une inflammation de la région qui entoure le joint entre le muscle et le tendon. Le doigt à ressort consiste en un épaississement des tendons du doigt qui rend le redressement du doigt très difficile une fois que celui-ci a été plié.

  2. La ténosynevite est une inflammation de la gaine du tendon qui entoure celui-ci au poignet et à la cheville. Le manchon à double paroi de la gaine sécrète le liquide synovial qui lubrif~e le tendon quand il bouge dans la gaine. Lorsque la lubrification diminue à cause de mouvements excessifs, le tendon et la gaine frottent l'un contre l'autre et finissent par être irrités et enflammés, ce qui cause l'engourdissement, l'enflure, les picotements et la douleur. La maladie de de Quervain est un genre de ténosynovite plus connue sous le nom de doigt à ressort. Elle affecte la gaine commune des deux tendons du pouce juste audessus du poignet.

  3. Le syndrome du tunnel carpien (STC) est probablement la LATR la plus souvent mentionnée. I1 s'agit d'un trouble douloureux de la main causé par l'enflure des ligaments carpiens qui forment le tunnel à travers lequel passe le nerf médian. Cette enflure comprime le nerf. Celui-ci s'étend de l'épaule à l'avantbras et à travers le tunnel jusqu'à la main et transmet des signaux nerveux aux trois premiers doigts et demi et à la paume. La flexion répétée du poignet produit une enflure des tendons dans le tunnel et comprime le nerf médian. Un engourdissement d'une partie de la main en découle ainsi que des picotements, des douleurs et des mouvements gauches de la main.

Éventuellement, il y aura perte de tissu musculaire et de force de la main si on n'applique aucun traitement. Certains tests peuvent poser un diagnostic de STC et révéler des dommages au nerf médian. L'exposition aux température s fro ides et le s vibrations provenant d'outils à main de basse fréquence sont également associées au STC.

L'épicondylite, aussi appelée épicondylite du joueur de tennis (épicondylite latérale) ou épicondylite du joueur de golf (épicondylite interne), n'affecte pas uniquement les joueurs de tennis ou de golf. Tout mouvement répétitif de l'avant-bMs et du coude tel que le martellement, la pose de briques ou le port de charges lourdes avec les bras étendus pendant une longue période produira tôt ou tard une inflammation de l'os du coude là où le tendon se rattache à l'os. Cette inflammation exerce une pression sur le nerf cubital qui descend dans l'avant-bras jusqu'aux quatrième et cinquième doigts. Il est particulièrement reconnu que le martellement contribue à l'épicondylite.

La tension dorsale (dos du camionneur) provient d'une posture assise sans que le creux des reins soit soutenu, maintenue pendant plusieurs heures tout en étant exposé aux vibrations du véhicule Cette posture oblige le conducteur à contracter les muscles du dos, causant ainsi une tension dans le creux des reins. Les coupables sont les sièges des camions qui n'ont pas été conçus pour être ajustés; la plupart sont encore du type banquette offrant peu ou pas de soutien pour le dos et les bras aux endroits où cela compte. Les longues heures de conduite que la plupart de s co nducteurs de long parcours do ivent effectuer constituent également un facteur.

La bursite est une inflammation douloureuse de la bourse séreuse qui est constituée d'un sac fibreux rempli de liquide qu'on trouve souvent aux endroits qui sont sujets, par exemple, à la friction autour des articulations ou aux endroits où les tendons passent par-dessus un os. Une pression excessive, prolongée et répétée ou des coups aux articulations peuvent provoquer des bursites. Le genou du poseur de tapis et l'hygroma prérotulien (provenant des longues heures passées à genoux pendant la pose de tapis ou les travaux ménagers) sont de bons exemples de la bursite du genou.

Prévention

  1. La pierre angulaire de tout programme de prévention efficace consiste à adapter l'emploi à la personne et non d'adapter la personne à l'emploi. L'équipement doit toujours convenir à la personne qui l'utilise et, lorsque possible, toutes les machines doivent être réglables afin de s'adapter aux personnes de tailles diverses.
  2. Les travailleuses et travailleurs doivent recevoir une formation sur la bonne façon d'utiliser les outils et les équipements et de les ajuster selon leurs besoins. Lorsque possible, tous les outils et équipements devraient être modifiés pour convenir à chacune des personnes qui les utilise.
  3. Toute tâche qui exige des mouvements répétitifs doit être soigneusement analysée par la méthode d'analyse des tâches afin de déterminer s'il est possible qu'une personne puisse être atteinte de LATR. Si c'est le cas, il faut prévoir des périodes de repos, la rotation des emplois et, si possible, des changements aux procédés de travail afin d'interrompre la chaîne de mouvements répétitifs qui peuvent causer une lésion.
    La rotation des tâches est sans contredit la méthode de prévention la plus efficace contre les LATR. Au cours d'une journée de travail, nos muscles passent par des cycles de travail et de récupération. Lorsqu'on utilise les muscles, ceux-ci se contractent et récupèrent une fois le travail fini. Une autre récupération se produit lorsque le corps utilise des groupes différents de muscles au cours d'une tâche nouvelle et différente. Idéalement, la séquence de rotation devrait progresser d'un travail léger à modéré et puis lourd pour revenir ensuite à un travail plus léger. Cette méthode permet à l'opératrice ou à l'opérateur de progresser graduellement jusqu'au travail le plus lourd et d'obtenir un soulagement immédiatement après. La récup érati on mu s cula ire s e produ it également au cours des périodes régulières de repos mais grâce à la rotation des tâches, d'autres muscles sont en mesure de récupérer à cause des différences entre les besoins des divers muscles.
  4. On doit établir un programme d'enquête et de documentation sur toutes les plaintes relatives à des douleurs reliées au travail. Chaque cas doit être analysé pour déterminer quelles en sont les causes et les moyens d'y remédier.
  5. L'horaire de travail doit prévoir des périodes de repos régulières pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs qui doivent effectuer des mouvements répétitifs régulièrement au cours de leur travail.
  6. L'élaboration d'un programme d'exercices particuliers pour chaque type de travail à accomplir aidera considérablement à renforcer les muscles qui doivent être utilisés au cours d'un procédé de travail, évitant ainsi la tension et les lésions attribuables au travail répétitif. Voir les exercices pour prévenir le syndrome du tunnel carpien.
  7. Lorsque possible, il faut revoir la conception des outils afin qu'ils soient bien adaptés à la personne ou à la tâche à accomplir. Certains outils peuvent être modifiés en les munissant d'une poignée plus petite pour faciliter leur manipulation. Si possible, les poignées devraient être recouvertes de caoutchouc afin de réduire la pression sur les tissus des mains.
  8. Tous les outils doivent être maintenus en bon état de fonctionnement de manière à ce qu'ils se déplacent sans secousses et avec un minimum d'efforts. Si on utilise des couteaux, ils doivent être toujours bien affûtés afin d'exiger le moins d'efforts possible pour couper.

Traitement

Lorsqu'une travailleuse ou un travailleur a subi une lésion et souffre de LATR, on doit rapporter son cas à l'employeur, à la commission des accidents du travail et au comité de santé et de sécurité (CSS) et trouver un traitement médical. Le médecin recommandera sans doute le traitement "RICE" (Repos, Glace, Compression et Élévation) pendant la phase aiguë. Dans les cas plus graves, il pourra prescrire le port d'une attelle. Il faut avertir le médecin qu'il s'agit d'une lésion professionnelle et qu'une réclamation a été faite ou sera faite à la CAT.

On doit faire une demande de ré affectation à l'employeur. Si une absence du travail est nécessaire, une demande de congé pour accident du travail doit être effectuée lorsqu'une telle disposition est prévue à la convention collective. Quel que soit le cas, il faut faire une réclamation pour lésion professionnelle à la CAT puisque des complications sérieuses peuvent survenir plus tard et que la CAT aura besoin à ce moment-là de cette information pour traiter une demande d'indemnisation.

Le comité de santé et de sécurité doit: être informé du cas afin qu'il puisse prendre les mesures de prévention et de correction en consultation avec l'employeur.

Dans le cas des LATR, l'intervention chirurgicale doit toujours être considérée en dernier lieu et il se peut que la travailleuse ou le travailleur ne puissent reprendre ses anciennes tâches qui sont les premiers responsables de sa lésion. Sinon, il faudM penser à faire les aménagements qui conviennent. I1 existe nombre de cas de travailleuses et de travailleurs qui ont rapporté une réapparition de leurs symptômes à leur retour à leur ancien emploi.

Les LATR peuvent et doivent être prévenues pour la simple raison qu'elles causent des douleurs inutiles à un grand nombre de personnes. I1 est aussi beaucoup plus facile de prévenir la maladie que de la guérir. Un emploi ne doit jamais exiger d'une personne qu'elle y sacrifie sa santé. Si les employeurs ont besoin de motifs supplémentaires de prévenir les LATR, ils devraient considérer tout l'argent qu'ils peuvent épargner en coûts d'indemnisation, congés de maladie et absentéisme s'ils préviennent le développement des LATR parmi les travailleuses et les travailleurs.

Pour obtenir des renseignements supplémentaires, veuillez communiquer avec votre représentante ou représentant régional en santé et en sécuritévotre Elément ou avecle Service de santé et de sécurité de l'AFPC par courriel ou au:

233, rue Gilmour, bureau 901,Offawa, ON K2P OPI

 

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11 Janvier 2011
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